Santé · Bien-être

Le sexe est-il un sport ? Ce que disent les mesures réelles

Les chiffres de calories qui circulent sont largement surestimés. Ce que les études qui mesurent au lieu d'estimer trouvent réellement, et pourquoi cela reste utile malgré tout.

Des passants dans une rue
libraryofcongress · CC0
Publicité
Publicité

C'est un des chiffres les plus recopiés et les moins vérifiés de la presse santé. Les valeurs annoncées viennent d'estimations théoriques appliquées à des durées qui ne correspondent pas à la réalité mesurée.

L'essentiel

La dépense énergétique réelle est nettement inférieure aux chiffres qui circulent, essentiellement parce que la durée moyenne est courte. L'intensité correspond à une activité modérée — comparable à une marche rapide ou à deux étages d'escalier. Ce n'est donc pas un entraînement, mais cela reste du mouvement, et les bénéfices réels se situent ailleurs : humeur, stress et sommeil.

Pourquoi les chiffres circulants sont faux

Deux erreurs se combinent.

La durée supposée. Les estimations populaires appliquent une dépense par minute à une durée bien plus longue que ce que mesurent les études. Comme la dépense totale est le produit des deux, une durée surestimée multiplie l'erreur.

L'estimation au lieu de la mesure. Beaucoup de chiffres proviennent de tables théoriques d'intensité, pas de mesures effectuées sur des personnes. Les rares études qui ont mesuré la dépense réelle trouvent des valeurs modestes, du même ordre qu'une courte marche.

Autrement dit, le chiffre n'est pas simplement optimiste : il repose sur une méthode qui ne pouvait pas donner autre chose.

Des chaussures de sport posées au sol
· CC BY 2.0

Ce que c'est réellement, en termes d'effort

L'échelle utile est celle des équivalents métaboliques, qui classe l'effort du repos à l'exercice intense. L'activité sexuelle se situe dans la zone modérée : au-dessus de la marche lente, comparable à une marche rapide ou à la montée de deux étages.

C'est une information utile, et pas seulement anecdotique — elle sert directement en cardiologie.

La question cardiaque, dite simplement

Pour la grande majorité des gens, l'effort est trop modéré pour poser problème. Après un infarctus ou en cas de maladie coronarienne connue, les cardiologues utilisent un repère pratique : pouvoir monter deux étages d'un bon pas sans douleur ni essoufflement anormal. Ce repère existe précisément parce que l'effort est comparable. La question se pose au médecin traitant, et elle est ordinaire — elle est aussi, dans les enquêtes, une des moins souvent posées après un accident cardiaque.

Un escalier dans un immeuble
*rboed* · CC BY 2.0

Ce qui est réellement bénéfique

Le raisonnement « c'est du sport, donc c'est bon pour la santé » est faible. Les bénéfices existent, mais par d'autres voies.

L'humeur et le stress. L'effet le mieux établi. Libération d'ocytocine et d'endorphines, baisse du stress ressenti dans les heures qui suivent. Mesurable et reproductible.

Le sommeil. La prolactine et l'ocytocine libérées après l'orgasme sont associées à la détente et à la somnolence. L'effet est réel et modeste : ce n'est pas un traitement de l'insomnie.

Le plancher pelvien. Les muscles concernés sont effectivement sollicités, ce qui compte pour la continence et le soutien des organes. C'est le bénéfice le moins glamour et l'un des plus concrets.

La qualité de la relation. Indirecte mais solide : les relations stables et satisfaisantes sont un des meilleurs prédicteurs connus de santé à long terme.

Ce qu'il ne faut pas en conclure

Que cela dispense de bouger. Une activité modérée de quelques minutes ne produit pas les adaptations cardiovasculaires d'un entraînement régulier, et présenter les deux comme équivalents conduit surtout à négliger celui qui fonctionne.

L'ordre de grandeur utile : les recommandations internationales portent sur 150 minutes d'activité modérée par semaine. Aucune activité de quelques minutes, quelle qu'elle soit, ne s'en approche.

La formulation honnête

C'est du mouvement, pas de l'entraînement. C'est agréable, modérément actif, et associé à des effets réels sur l'humeur, le stress et le sommeil. Ce n'est ni un sport, ni un traitement, ni un substitut à la marche.

Et cette version, moins spectaculaire, a l'avantage d'être vraie.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical — voir notre avertissement.

Publicité
Publicité

Questions fréquentes

Combien de calories brûle-t-on réellement ?

Beaucoup moins que les chiffres populaires. Les études qui mesurent la dépense au lieu de l'estimer trouvent des valeurs modestes, principalement parce que la durée moyenne est courte.

Cela remplace-t-il une séance de sport ?

Non. L'intensité correspond à une activité modérée, comparable à une marche rapide ou à deux étages d'escalier, et la durée est trop courte pour produire l'effet d'entraînement d'une séance.

Est-ce dangereux pour le cœur ?

Pour la très grande majorité des gens, non. L'effort est modéré. Après un accident cardiaque, la règle pratique retenue par les cardiologues est de pouvoir monter deux étages sans gêne, mais la question se pose au médecin traitant.

Y a-t-il quand même un intérêt physique ?

Oui, mais pas celui qu'on annonce. Les effets les mieux établis portent sur l'humeur, le stress et le sommeil, et l'activation du plancher pelvien est réelle.

Pourquoi ces chiffres de calories circulent-ils autant ?

Parce qu'ils sont issus d'estimations théoriques appliquées à des durées irréalistes, repris ensuite sans vérification. Les mesures directes donnent des valeurs bien plus basses.

Sources

  1. OMS — Activité physique
  2. Ameli — Activité physique et santé
Corrections

Une erreur ? Écrivez-nous : nous corrigeons et signalons le changement en bas de cet article. Hello@daily-atlas.com

À lire aussi